<p class=”p5″>« Tu dors avec ? »<span class=”Apple-converted-space”>  </span>C’est l’impertinente question qu’un ami, si le terme convient, me posa un jour.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Le fait est qu’il ne m’avait jamais vu autrement que soigneusement cravaté.</p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> S’il est un accessoire qui, de tout temps, m’a valu les remarques les plus insolites, c’est bien la cravate que j’aime à porter depuis ma jeunesse.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> D’abord, comme un dandy controuvé : ma façon dérisoire de me démarquer de mes camarades de classe.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Plus tard, parce que l’ornement était obligatoire si l’on souhaitait être admis en cours et obtenir son diplôme.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Aujourd’hui, par choix.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>C’est que je n’ai pas trouvé de moyen plus simple et agréable d’exprimer à celle ou celui que je rencontre l’immense respect que je lui dois et lui porte.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Tous ne comprennent pas ce parti.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Qu’importe, pourvu que chacun trouve sa façon de dire à l’autre sa considération.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Cela dit, je ne saurais nier un goût prononcé pour la cravate elle-même qui, en même temps qu’elle est message, est à peu près le seul ornement dont l’homme dispose encore pour traduire élégamment sa différence.</span></p>
<p class=”p4″> </p>
<p class=”p4″><span style=”font-size: 8pt;”><span class=”s1″>On rapporte que le père du grand Aldo Ciccolini, pianiste inspiré s’il en est, gardait sa cravate devant ses enfants car, disait-il, l’enlever « eût été leur manquer d’égards » (</span>Olivier Bellamy, <em>Dictionnaire amoureux du piano</em>, 138).</span></p>
Catégorie : Réflexion
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“C” comme Cravate
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“D” comme Dictionnaire
<p class=”p1″>T. T. Shields, pasteur de la <em>Jarvis Street Baptist Church</em> et fondateur du <em>Toronto Baptist Seminary</em>, avait coutume de dire à ses étudiants : « Tout ce qu’il vous faut pour préparer une prédication, c’est une Bible, un atlas et… un dictionnaire ».</p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Le conseil m’a longtemps fait sourire.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Jusqu’au jour où j’en ai saisi la pertinence.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Porter la vérité aux autres est un service exigeant.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Le plus exigeant qui soit.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Ce qu’il nous faut traduire, c’est la pensée dévoilée d’un Autre, qui a commencé d’informer la nôtre.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Or, cette pensée, comme toute pensée, est portée par des mots.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Et c’est là que le dictionnaire devient indispensable.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Parce que nous ne voulons pas trahir le vrai qui nous a été révélé, mais l’exprimer, au contraire, aussi fidèlement que possible, il nous faut être et demeurer préoccupés de discerner et de choisir dans le vaste vocabulaire dont nous disposons les mots justes, savoir ceux que Dieu aurait lui-même élus s’il avait eu l’étonnante idée de se communiquer à nous dans notre langue !</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Un exercice délicat, mais ô combien passionnant, qui nous oblige à feuilleter inlassablement les pages déjà usées de nos vieux dictionnaires à la recherche du terme ou du synonyme le mieux à même de traduire précisément le conseil divin.</span></p>
<p class=”p4″><span class=”s1″> Et qui, soit dit en passant, en même temps qu’il affinera et aiguisera notre propre pensée, ne manquera pas d’exciter notre appétit pour une langue, notre langue, aux ressources insoupçonnées.</span></p> -
“R” comme Retraite
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Que de fois cette phrase m’a été adressée, prononcée le plus souvent avec un sourire entendu !</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Ma retraite, pourtant, je l’ai bel et bien souhaitée et saisie.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Je sais que nombre de mes pairs préfèrent s’accrocher à leur charge.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Ou mendier ailleurs un ministère semblable au leur.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Je me demande pourquoi.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Pour certains, c’est clair : leur pension est si maigre qu’ils doivent continuer de travailler.<span class=”Apple-converted-space”> </span></span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Pour d’autres, c’est étrange : c’est comme si leur identité se confondait avec leur fonction.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Le pastorat était leur vie, et ils ne consentent pas encore à mourir.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Pour les autres, je ne sais pas.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Pour moi, la question ne s’est jamais posée.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Mon identité ne s’est jamais réduite à ma vocation.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Alors même que je me consacrais pleinement à ma charge, mille autres objets m’intéressaient, auxquels j’espérais pouvoir accorder un jour plus d’attention.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Et puis, il y avait la fatigue.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>La charge pastorale est lourde, très lourde, trop lourde même parfois.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>J’aspirais à en être déchargé.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Porter une Église pendant plus de quarante ans n’est pas une mince affaire.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Enfin, il y a un temps pour tout.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Et le temps était venu de confier à d’autres une responsabilité chérie, certes, mais usante.<span class=”Apple-converted-space”>  </span>D’autres, c’est-à-dire de plus jeunes serviteurs aux forces encore intactes et, surtout, mieux armés pour comprendre notre temps et en relever les nouveaux défis.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>C’est pourquoi j’ai pris ma retraite.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Le regretté-je ?<span class=”Apple-converted-space”>  </span>Pas le moins du monde.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Si je reste disponible pour des services ponctuels, je me réjouis profondément de pouvoir goûter enfin pleinement aux bonheurs intenses que procurent non seulement la rencontre de proches et d’amis, mais encore l’exploration d’un monde dont les richesses tant naturelles que culturelles ne laissent pas de m’émerveiller.</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>“Un pasteur, ça peut prendre sa retraite !”</span></p>
<p><span style=”font-size: 10pt;”>Peut-être même serait-il souhaitable qu’il franchisse le pas, pour son bien et celui de l’Église qui lui est chère.</span></p>