2 Rois 5.13b: “[…] si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait?”
Après avoir honoré la petite esclave israélite, intéressons-nous à son maître araméen. Naaman. “Chef de l’armée du roi de Syrie”, il jouit de la faveur et de l’estime royales. Las! si son nom, Naaman, “le plaisant”, a pu lui convenir, il ne lui sied plus depuis qu’il a contracté une maladie de peau gênante assimilée par le chroniqueur à la lèpre.
C’est pourquoi “le plus-plaisant-du-tout” se laisse convaincre par son épouse de suivre l’aimable suggestion de leur humble servante et s’en va, porteur d’une lettre de recommandation et accompagné d’un véritable trésor, à la recherche de ce prophète-thaumaturge israélite censé lui rendre sa beauté en même temps que sa santé.
L’accueil que lui réserve le roi d’Israël est détestable. Fort heureusement, le fameux prophète —Élisée de son nom— en est averti et fait dire au souverain mal léché qu’il peut lui envoyer l’Araméen afin qu’il sache qu’on ne l’a pas trompé: il y a bien un prophète en Israël !
Et nous voici au cœur de notre histoire.
Désopilante pour commencer. Imaginez le fier général “avec ses chevaux et son char”, son argent, son or et ses habits, frappant à la porte d’Élisée… Et le prophète qui ne bouge pas. Le temps qui passe. La porte qui s’ouvre enfin! Sauf que ce n’est pas Élisée, mais un simple messager qui s’avance et intime à notre généralissime l’ordre d’aller se laver sept fois dans l’eau du Jourdain et de vérifier l’état de sa peau!
Mais la suite a vite fait d’effacer notre sourire. Naaman s’indigne. “Ce prophète sait-il qui je suis? Qui est-il pour vouloir m’humilier? J’attendais de lui qu’il sortît, s’émerveillât devant la fortune que je lui destinais, invoquât son Dieu, m’imposât les mains et me guérît. Et voilà qu’il me demande d’aller me tremper sept fois dans une misérable rivière! Un si long voyage pour se soumettre à un ordre aussi incongru et faire la risée de tous! Son courroux est tel qu’il décide de rentrer chez lui.
C’est alors que, prenant leur courage à deux mains, ses serviteurs osent ce reproche: “si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait? Tu dois d’autant plus volontiers faire ce qu’il t’a dit.” Et vous connaissez la suite. Naaman qui s’exécute, plonge sept fois dans le Jourdain et, la septième fois, sort guéri. Sa chair a retrouvé sa fraîcheur! Mais il y a mieux encore: son cœur s’est purifié. Converti au Dieu d’Israël, il ne se soucie plus que de lui rendre le culte qui lui est dû.
L’histoire est riche en enseignements. La place qui me reste m’oblige à n’en retenir qu’un seul: il n’est de salut que pour les humbles.
“Dieu s’oppose aux orgueilleux, nous dit la Bible*, mais il fait grâce aux humbles.”
Naaman avait une idée précise sur non seulement ce que lui coûterait son salut —une fortune—, mais encore les gestes qu’il exigerait. Mais ses pensées n’étaient pas celles de Dieu. Naaman a dû s’abaisser pour connaître la guérison; se soumettre à la parole du prophète pour être « blanchi » ; faire fi de sa réputation pour entrer au bénéfice de la grâce divine.
Une leçon pour nous. Nous voulons, nous aussi, être sauvés? Soumettons-nous humblement à Dieu, qui hait les jougs pesants et nous demande seulement de placer notre foi en son Fils pour effacer à jamais la “lèpre” —notre péché— qui faisait de nous des “pas-plaisants du tout” à ses yeux.
* Voir Jacques 4.6; 1 Pierre 5.5.