“Non pas ce que je veux”

Matthieu 26.39b: “Mon Père, si cela est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.”

Il m’étonnerait fort que vous n’ayez jamais prié Dieu de vous épargner une épreuve. Parce qu’elle vous semblait injuste. Ou parce que vous craigniez qu’elle ne dépasse vos forces. Ou encore parce qu’elle nous paraissait tomber au plus mauvais moment.
Je confesse volontiers m’être plus d’une fois écroulé devant “le trône de la grâce”, suppliant le Seigneur d’avoir pitié de moi et d’éloigner de mes lèvres “la coupe” amère.

Et il ne me surprendrait pas qu’en cet instant même, il en soit parmi nous qui crient grâce, demandant à notre Père d’avoir pitié d’eux.

Rien de plus naturel. À moins de nous prendre pour des super héros ou d’appartenir à je ne sais quelle société masochiste.

Cela dit, m’adressant à ceux d’entre nous qui sont passés par l’un au moins de ces moments d’agonie, je demande: quelle réponse avez-vous reçue du ciel?

Une intervention miraculeuse? J’ose espérer que vous avez su célébrer comme il se devait l’auteur de votre salut.

Aucune? Vous êtes-vous dit alors que c’était peut-être parce que vous aviez manqué de foi? Ou vous êtes-vous demandé si Dieu entendait vraiment les prières que nous lui adressons? Ou en êtes-vous venus peu à peu à douter de son pouvoir?

L’exemple de Jésus me semble propre à vous rassurer.

L’épreuve qui l’attend est infiniment plus cruelle que toutes celles que nous ne pourrons jamais vivre. Encore un peu, et l’heure adviendra du pire des supplices: celui pour le Fils d’être frappé par la colère de son Père bien-aimé… Pas étonnant que “tristesse” et “angoisse” le saisissent et qu’il implore: “Mon Père, […] que cette coupe s’éloigne de moi!”

S’il en est un dont la foi en Dieu est sans partage, s’il en est un qui sait chacune de ses prières entendue par le ciel, s’il en est un enfin qui ne saurait douter un instant et de l’amour et du pouvoir de son Père, c’est lui!

Sa supplique, pourtant, ne sera pas entendue. Il le sait. Parce que la volonté divine n’est pas, ce jour-là, de l’épargner.

Aussi finit-il sa prière par ces mots qui ne laissent pas de nous bouleverser: “Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux”. Parce que rien, non rien, pas même sa préservation, ne lui importe davantage que la pleine réalisation d’un vouloir divin qu’il sait nous être favorable.

De cet exemple parfait, il me paraît que nous pouvons tirer au moins deux enseignements.

Le premier est qu’un silence divin pour toute réponse à notre appel au secours ne doit pas nous précipiter dans un état de profonde consternation. Même lorsqu’il semble sourd, lointain, absent, notre Père est là, qui entend et voit; qui prend part à notre détresse et, dans le même temps, forme pour nous un projet de délivrance.

Le second est qu’il nous faut apprendre à accueillir une prière instante non exaucée comme une invitation à démontrer notre confiance absolue en la perfection des desseins de Dieu. “Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux, parce que je sais que toi, Seigneur, ne désireras jamais pour moi autre chose que le meilleur. Je ne comprends pas, mais j’ai confiance en ton amour et me fie à ta sagesse.”

La foi, décidément, est une écoleEt quelle école!