Le mot qui dérange

<p>1 Jean 2.1b-2a&#0160;: <em>“[…] si quelqu’un a péché, nous avons un défenseur auprès du Père, Jésus-Christ le juste.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Il est lui-même la victime expiatoire pour nos péchés […].”</em></p>
<p><a class=”asset-img-link” href=”https://appaul.typepad.com/.a/6a00d834520cc969e202a2eec694c0200d-pi” style=”display: inline;”><img alt=”Propitiation” class=”asset asset-image at-xid-6a00d834520cc969e202a2eec694c0200d img-responsive” src=”https://appaul.typepad.com/.a/6a00d834520cc969e202a2eec694c0200d-600wi” style=”width: 600px;” title=”Propitiation” /></a></p>
<p>Il arrive, hélas&#0160;! qu’une bonne intention nous prive d’une vérité féconde.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>C’est le cas ici, où le traducteur, par souci, j’imagine, de la réputation divine, a préféré associer à l’œuvre de Jésus l’idée d’“expiation” plutôt que celle de “propitiation”.</p>
<p>Le propos de l’auteur, pourtant, est sans ambages&#0160;: nous présenter le Fils comme celui paru pour, entre autres, s’offrir en <strong>sacrifice</strong> “<strong>propitiatoire</strong>”*.</p>
<p>D’où vient donc que l’on se soit cru obliger de le corriger&#0160;?</p>
<p>Sans doute faut-il rappeler ici brièvement le <strong>contexte religieux</strong> de l’époque.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Les rites dits de “propitiation” étaient nombreux&#0160;: prières, sacrifices, purifications… Et danses parfois, jeux aussi.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Leur but&#0160;?<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; “</span>Apaiser” et, si possible, “rendre propices” des divinités capricieuses, jalouses et irascibles que l’on craignait en permanence d’avoir offensées.</p>
<p>On comprend maintenant pourquoi certains interprètes ont voulu écarter tout risque de confondre Dieu, notre Dieu, avec ces idoles atrabilaires que même les rites les plus complexes ne permettaient jamais d’amadouer définitivement.</p>
<p>Mais en avaient-ils le droit dès lors que, pour ce faire, il leur fallait “corriger” le vocabulaire de l’apôtre&#0160;?<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>La réponse est Non, bien sûr.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Sans doute eussent-ils été plus inspirés de s’interroger plus avant sur la raison de la présence, dans notre texte, de ce terme : <strong>propitiation</strong>.</p>
<p>Si Jean l’a choisi, et l’Esprit validé, lui et non un autre, c’est à l’évidence pour nous rendre sensibles à <strong>un aspect essentiel de l’œuvre de Jésus</strong> en faveur de l’ensemble des pécheurs repentants.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Une œuvre qui a consisté, aussi, à leur <strong>rendre Dieu</strong>&#0160;“<strong>propice</strong>”. &#0160;Autrement dit, à détourner d’eux la colère divine.</p>
<p>“Colère&#0160;?”, vous étonnez-vous.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160;&#0160;</span>Oui, vous avez bien lu&#0160;: <strong>colère</strong>.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; “</span>Mais en quoi, alors, Dieu différerait-il des divinités païennes dénoncées plus haut”&#0160;?</p>
<p>D’abord, en ce que sa colère, elle, est réelle et, surtout, totalement justifiée, puisque <strong>celle d’un Père aimant, honteusement bafoué</strong> parce ceux-là mêmes qu’il choyait.</p>
<p>Ensuite, en ce qu’il n’a pas laissé l’initiative de l’apaisement de cette sainte colère aux hommes, ni même à son Fils, mais l’a prise lui-même, par amour encore et toujours.</p>
<p>Enfin, en ce qu’il n’a pas voulu que son juste courroux fût détourné par quelque don extérieur, mais par le don de lui-même, subissant ainsi lui-même la mort méritée des pécheurs**.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span><strong>En frappant son Fils, le Père s’est frappé lui-même</strong>.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>L’amour porté au plus haut degré qui se pouvait concevoir…</p>
<p>Notre péché était l’obstacle qui nous séparait de Dieu, et sa colère celui qui le séparait de nous.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Par <strong>la mort substitutive de Jésus</strong>, l’obstacle du péché s’est trouvé surmonté tandis que celui de la colère était contourné.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Notre péché expié, <strong>Dieu était apaisé</strong>***.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>Définitivement.</p>
<p>Bénissons donc celui qui, dans un geste sublime d’amour inouï, a retourné contre lui-même son propre courroux afin qu’aucun d’entre nous n’en fasse jamais l’expérience dévastatrice, mais que tous, au contraire, nous puissions découvrir et savourer son indéfectible amitié&#0160;!</p>
<hr />
<p><span class=”Apple-converted-space”>* &#0160;</span><span style=”font-size: 8pt;”><em>Hilasmos</em> en grec.<span class=”Apple-converted-space”>&#0160; </span>À noter que Jean est le seul auteur du Nouveau Testament à utiliser le mot, ici et en 4.10. &#0160;</span> &#0160; ** &#0160;<span style=”font-size: 8pt;”>Voir John Stott, </span><em><span style=”font-size: 8pt;”>Les Épîtres de Jean.</span> &#0160; &#0160; </em>*** &#0160;<span style=”font-size: 8pt;”>D’après Paul Wells, <em>Entre ciel et terre</em>.</span></p>
<p><span class=”Apple-converted-space”>&#0160;</span></p>